Jouer la musique sur le mouvement de la braise.

 

Texte de Kasim Matrood

Traduction de May Sélim

 

 

 

 

 

Les personnages :

 

Le vieil homme : un septuagénaire pianiste de renom

La vieille femme : une nouvelle locataire à 70 ans

 

Coup de projecteur au milieu du noir, l’un des coins du théâtre. Le septuagénaire fait son apparition portant en main quelques paquets. Tout de suite la femme le rejoint en s'appuyant sur son bâton en prenant son souffle.

 

Le vieil homme : Quelle chance, ça fait trois jours que je vous vois dans le même endroit, j'avais décidé de vous inviter à boire un café pour qu'on puisse se faire connaître. C'est la coutume d’accueillir le nouveau locataire. C'est ainsi qu'ils m'ont reçu il y a 20 ans.

 

La vieille femme (heureuse) : Merci pour cet accueil, ça me plaît d'accepter votre invitation, j'ai besoin de savoir tant de choses sur cet immeuble et de faire connaissance avec ses habitants.   

L'homme : je vous attends aujourd'hui

La femme : Aujourd'hui?

L'homme : ça vous ne convient pas?

La femme : Non, rien ne m’occupe sauf quelques trucs à arranger chez moi. Comme vous le savez un nouveau locataire a toujours ce qu’il à faire dans son appartement.

L'homme (souriant) : il m'a fallu des mois pour retrouver mon équilibre, et finalement je me suis adapté à cet endroit tel qu’il est.

La femme : dès que je finisse, je viendrai.

L'homme : Moi aussi j'ai quelque chose à faire pour le moment, mais je vous attends.

La femme : d'accord.

 

La lumière s’éteint. On passe à la scène suivante par un jeu d’éclairage ou par l’ouverture des rideaux.

La scène : A l’étage supérieur se situe le logement de la vieille femme. On remarque uniquement la salle de séjour dont l’éclairage et les meubles paraissent clairement à travers les grandes fenêtres avec leurs rideaux en velours.

En dessous, se situe la salle de séjour du vieil homme. On remarque un piano et son tabouret. A côté du piano se trouve une petite bibliothèque musicale : bouquins, CD…etc.

A l’arrière fond, on voit trois chaises avec une table sur laquelle sont déposés quelques  papiers et lettres, une tasse de café et un verre d’eau à moitié vide. A gauche, une télévision est mise sur une petite table dont l’envers fait face au public, avec de longs fils étendus jusqu’au parterre et liés au « Playstation ».

Au milieu de la scène est dressé un chemin de fer en plastique avec plusieurs niveaux de rails. Un jouet pour enfant.

L’homme entre portant en main quelques sacs qu’il tache de vider.

L’homme : Enfin,  j’ai acheté ce jeu. C’est le dernier produit des jouets de combats. Voici des piles pour mon train. La dernière fois, il n’a pas fonctionné et il n’a pas transporté les passagers ! Voici quelques sucreries qui m’éloignent de l’ennui du jour.  Un moment de silence. Il s’assoit sur le parterre. Que je teste les piles en premier. Il place les piles dans le petit train et l’allume. C’est la troisième fois que je change les piles. Je ne sais pas pourquoi elles s’achèvent si rapidement. Heureux comme les enfants de voir le train roulant sur les rails. Vas y, merveilleux train, plus vite, dépasse cet obstacle, monte en haut. Comme il est beau ce train ! Je suis content que tu fonctionnes encore. J’ai cru que tu es bloqué et que tu ne vas plus transporter les passagers ! Il crie. Arrêtes-toi. Tu arrives à une station importante, pleine de passagers.  Arrêtes-toi et les emportes tous, chacun à sa destination. Un moment de silence. Merveilleux train. Tu m’as rendu vraiment heureux aujourd’hui. Il arrête le train, l’éloigne des rails et se lève. Demain j’ai un concert. C’est le plus important récital de toute ma vie. Un grand nombre de célébrités et de responsables seront présents. Je vais annoncer que les revenus de ce concert iront aux enfants malades du cancer, en espérant qu’un jour cette maudite maladie, qui a volé les plus belles créatures, quitte leurs corps.

Il se met au piano et joue le Polonez de Chopin. Dès qu’il commence à jouer la scène s’assombrit. On le voit, à peine. La salle du séjour de la vieille dame s’allume. La femme se dirige vers les fenêtres. Dès qu’elle entend la musique elle ouvre les rideaux. Elle fait sortir sa tête de la fenêtre jouissant de la musique.

La femme : la  musique continue. Comme vous êtes merveilleux, pianiste talentueux. Vous me faîtes remonter aux temps lointains et supprimer de ma vie plus de 50 ans. Elle danse un peu. J’aimais toujours écouter cette musique et lire les plus beaux romans. Faites tomber toutes ces pertes avec votre adresse et jouez jeune homme. Oui, je vous vois comme un jeune, plein de vie, et dont l’avenir est beaucoup plus vert. Jouez et touchez mon cœur vieux locataire.

L’homme : Il s’arrête de jouer quand la lumière se jette sur lui. Depuis mon enfance, je joue au piano. Je suis devenu un célèbre pianiste parce que j’aime la musique et j’ai senti qu’elle est mon univers, mon âme et mon arme contre les misères de la vie. Depuis que je suis devenu seul je ne quitte cette salle que pour assister à un concert, répondre à une invitation privée ou pour acheter juste ce qu’il faut  pour ne pas mourir de faim. Je n’interrompe cette lente mort qu’avec ces simples jouets qui me plaisent. Il se dirige vers la télévision. Puis il se met parterre juste en face de la télé. Il zappe entre les chaînes rapidement. Pendant son silence, on entend certains journaux politiques. Les nouvelles de la politique m’agacent. Depuis mon enfance, elles sont toujours les mêmes. La seule différence existe au niveau de la formulation des phrases et le changement des personnages. Un moment de silence. Que je joue au « Playstation » et que je découvre le nouveau jeu. Il commence à jouer. On entend le bruit du jeu et la voix des personnages en conflit. Comme la scène précédente, l’éclairage devient de plus en plus sombre. On ne voit que la lumière émanant de l’écran du téléviseur.

La scène s’allume à l’étage supérieur. On voit la femme en train de fumer. Elle souffle la fumée en l’air et elle la contemple. Puis elle recommence en l’expirant hors de la fenêtre. Tout d’un coup, elle entend le bruit du jeu.

La femme : Votre âme et votre cœur battent ensemble, jeune charmant. Un moment de silence. Il dit, elle l’imite, Quelle chance, ça fait trois jours que je vous vois dans le même endroit. Elle regagne son état…L’homme continue à jouer avec étonnement. Il émet du bruit de par étonnement et concentration. C’est moi qui ai voulu vous voir exprès. Je vous ai attendu après avoir connue l’heure de votre retour, joueur sur les cordes de l’âme.

L’homme : L’éclairage se concentre sur lui. C’est formidable, je peux jouer pour toute une semaine sans arrêt. Dès que j’ai entendu parler de ce jeu, je me suis dépêché à l’acheter malgré son prix trop cher. Sans ces jeux, je deviens fou. Comment pourrai-je passer mes jours qui se ressemblent ? M’entraîner au piano ? Je n’ai pas besoin d’entraînement, mais plutôt d’une révision. Une fois qu’on me programme un concert je me rappelle de la pièce de musique que j’aime jouer, qu’elle soit une de mes compositions ou celle d’un autre musicien. Je connais par cœur de nombreux morceaux et je n’ai pas besoin d’entraînement. Il revient au jeu. Enfin, j’ai vaincu ce monstre. Il m’a beaucoup fatigué. Un moment de silence. Maintenant je peux passer au piano après avoir vaincu ces monstres. Il se lève, se met au piano et joue une autre pièce romantique. En jouant. Comme si j’avais vu cette nouvelle voisine auparavant. Son visage m’est familier.

La scène s’assombrit. On ne voit que ses doigts sur le clavier du piano. L’étage supérieur s’allume. La vieille s’assoit sur une chaise placée devant la fenêtre ouverte. Elle continue à fumer.

La femme, s’adresse à elle-même : Pourquoi n’es tu pas allée avec lui au moment où il t’a invitée ? Qu’est ce que tu as à faire dans une nouvelle maison, que fumer et attendre. Arrange ta caisse, vas chez lui et regarde ses doigts qui dansent sur le piano. Sois plus courageuse que lui et lui demande de danser avec toi. Un moment de silence. Non,  vieille femme. Regarde ton visage au miroir. Tu es une septuagénaire. Laisse ces idées pour une fille de 20 ans ou d’un peu plus. Un moment de silence. Qui t’a dit qu’il te partage les mêmes sentiments. Arrête ton désir fou et agis comme l’exige ton âge. L’homme joue encore. Vas chez lui maintenant. Tu connaîtras ses motifs. Pour lui ce n’est qu’une coïncidence. Et tu n’es, plus au moins, qu’une nouvelle locataire. Finis ta cigarette et vas vérifier de quoi il est question. Elle prend une bouffée de cigarette qu’elle éteint rapidement. J’ai un bouquet de fleurs qu’une amie m’a offert. Je ne l’ai pas encore ouvert. Je vais le prendre avec moi pour que mon entrée soit plus majestueuse.

La scène s’assombrit. L’éclairage passe progressivement à l’homme au piano….Il finit de jouer.

L’homme : Vraiment c’est merveilleux ! Le concert de demain sera vraiment unique en son genre. Un moment de silence. On entend une sonnerie. L’homme se dirige vers la porte, l’ouvre, et il trouve la nouvelle voisine souriante devant lui.

La femme : Bonsoir.

L’homme : Bonsoir, vous êtes en retard.

La femme : Les travaux ne s’achèvent jamais ! La femme lui tend le bouquet de fleurs. Excusez-moi, vous m’avez surpris par votre invitation aujourd’hui et je n’ai pas eu le temps d’acheter quelque chose de valeur.

L’homme : Vous êtes le plus beau bouquet de fleurs. Vous avez illuminé ma maison.  

La femme : ravie. Comme vous êtes gentil !  Etes vous poète ou musicien ?!

L’homme : Les deux à la fois !

La femme : J’ai donc de la chance.

L’homme : Vous avez de la chance ? Pourquoi ?

La femme : Parce que j’ai un voisin comme vous.

L’homme : Vous êtes gentille, madame. Asseyez vous, je vous en prie. La femme s’assoit sur la chaise qui lui est proche. Que voulez vous boire ?

La femme : Ce que vous avez.

L’homme : Je peux vous préparer ce que vous voulez rapidement.

La femme : je prends donc un café.

L’homme : Une minute. Il disparaît.

La femme reste seule. Elle examine la salle et jette un coup d’œil sur le chemin de fer dressé sur le parterre, sur la télévision et le jeu qui lui est connecté et finalement sur le piano.

La femme : Entre le piano et vos jouets, jeune homme, il y a une grande différence ! Un moment de silence. J’ai envie de toucher le clavier du piano. Elle touche le clavier. On entend quelques airs…L’homme rentre à la scène portant deux tasses de café.

L’homme : Jouez-vous au piano ?!

La femme : non, mais j’aime écouter la musique.

L’homme : Ce qui n’aime pas la musique ou ce qui ne l’écoute pas doit avoir un cœur de pierre.

La femme : C’est vrai. Quand vous jouez vos sensations m’arrivent à travers les murs.

L’homme : riant. Vous voilà aussi, faisant de la poésie.

La femme : Quand la personne est sincère, ses mots se rapprochent de la poésie.

L’homme : Parfois oui. Un moment de silence. Pourrai-je vous poser des questions puisque ce rendez-vous est un moyen de nous nous faire connaissance ?

La femme : Bien sûr. Vous pouvez me poser des questions comme vous voulez. Vous allez m’encourager par la suite à vous interroger.

L’homme : Pourquoi avez-vous logé dans cet immeuble ? Où étiez vous auparavant ?

La femme : Je n’étais pas loin de cette région. La maison où j’habitais existe encore,  mais j’ai décidé de chercher un autre domicile et une nouvelle vie sans peur, ni soucis.

L’homme : Et pourquoi la peur ?

La femme : Je ne sais pas pourquoi la solitude m’a envahie et m’a fait revenir aux temps de la jeunesse où les rêves et les buts fragmentés me déchiraient.

L’homme : Comment avez-vous trouvez la stabilité ?

La femme : Par le mariage. J’ai épousé un homme avec qui j’ai vécu les plus beaux jours de mes vingtaines années. Je n’ai jamais imaginé qu’il peut s’en aller et me quitter toute seule. Un moment de silence. La cinquième année de notre mariage n’était pas encore passée, que la mort a commencé à le pourchasser et à inventer de multiples moyens pour le tuer. Un jour, à minuit, il m’a réveillé en disant :

- Je meurs, ma femme.

- Dors, tu rêves.

- C’est la fin, j’ai voulu te faire adieu.

Et il a dormi après que j’ai regagné mon sommeil. Mais il ne s’est jamais réveillé. Un moment de silence, elle se rappelle. Comme j’étais triste après sa mort ! J’ai senti que la vie a pris fin et que le monde s’est arrêté.

L’homme : Mais…..

La femme : J’avais tort. La vie ne s’intéresse plus à nous, elle continue même si nous avons de telles montagnes de chagrins.

L’homme : Vous aviez une trentaine d’années ou moins, et depuis……

La femme : Non, monsieur, j’ai essayé de changer ma vie parce que l’idée de la mort me hantait. Un moment de silence. J’ai donc décidé de retourner à ma première passion et j’ai cherché une troupe de comédiens pour me profiter de mon talent.

L’homme : Certainement vous avez réussi.

La femme : heureuse. Oui, bon voisin, vous n’êtes pas le seul talentueux ici ! Quand je bougeais sur les planches, les yeux des spectateurs me suivaient partout, même si je ne parlais pas.

L’homme : Il est clair que vous avez une forte présence même dans la vie.

La femme : C’est peut-être ce qui a poussé Hamlet à me proposer le mariage après une persistance ennuyeuse !

L’homme : Hamlet ?!

La femme : Oui, Hamlet avait demandé la main d’Ophélie.

L’homme : Ophélie aussi ?!

La femme : Parce que j’ai joué le rôle d’Ophélie et beaucoup d’autres personnages. Après chaque répétition, Hamlet venait s’asseoir près de moi, et me posait beaucoup de questions. Derrière les coulisses il était beaucoup plus courageux qu’il l’est sur scène. Et j’ai su ainsi qu’il voulait m’épouser.

L’homme : Avez-vous accepté ?

La femme : Je n’avais pas d’autre choix, moi qui cherchais à bouleverser ma solitude. Dès que je me suis mariée avec Hamlet, j’ai senti que je me marie pour la première fois. Avec lui aussi, la vie est revenue de nouveau, mon âme a commencé et elle a retrouvé son printemps.

L’homme : Où est-il aujourd’hui ?

La femme : Toujours présent. Un moment de silence. Lui aussi souffre de la solitude comme moi. Je n’ai pas pu résister à ma jalousie. Il avait de nombreuses admiratrices et sa manière de leur adresser des compliments me fatiguait. Mais j’ai décidé de mettre terme à mes peines et je lui ai demandé de nous nous séparer.

L’homme : Vous vous êtes séparée de lui ?

La femme : Certainement, je ne peux pas accepter une situation pareille. Mais j’ai beaucoup souffert de la solitude, comme lui. Comme si elle retrouve son orgueil. Mais monsieur, des années sont passées…lui aussi est devenu un passé, un souvenir. C’est pourquoi, j’ai changé ma maison, et j’ai décidé de changer ma vie. Je ne suis plus Ophélie. Je veux être moi-même.

L’homme : C’est clair. J’espère que je ne vous ai pas rappelé des soucis.

La femme : Pas du tout. C’est notre réalité que nous connaissons depuis longtemps et que parfois nous faisons oublier.

L’homme : Une réalité triste, souvent.

La femme : Un petit moment de silence. La femme se dirige vers le jouet du train. Elle le tient en main. C’est à qui, ce jouet ? A votre petit-fils ou ….. ?

L’homme : C’est à moi. Je n’ai pas de petits-fils. En fait, je n’ai même pas d’enfants.

La femme : A vous ?!

L’homme : Je joue avec ce train chaque fois que je sens la monotonie. Je conduis des voitures, je fais des aventures dans la rue, et sur les montagnes. Je me heurte aux véhicules. Je détruis les pylônes, je pénètre les établissements et je saute de la terrasse ! 

La femme : avec étonnement : vous faîtes ça ?!

L’homme : En jouant au « Playstation ». Je me trouve en conflit avec les plus grands monstres et je les vaincs. 

La femme : C’est formidable. Un moment de silence. Depuis quand vous vivez seul ?

L’homme : Depuis la mort de ma femme, qui m’a laissé seul après être ravagé par cette maudite maladie. Un moment de silence. Avec tristesse : Je la surveillais comme une fleur qui se fanait, et l’eau n’arrivait pas à atteindre sa tige. Je ne pouvais rien faire.  J’observais sa chute jusqu’à ce que son corps a séché, et ses yeux sont disparus dans sa tête. A peine,  elle les ouvrait. Un moment de silence.  Elle criait en me cherchant. Elle cherchait aussi l’air qui a disparu. Puis elle est morte après avoir couru dans les couloirs de l’hôpital faisant signe aux gens d’ouvrir les fenêtres. Il paraissait qu’elle a voulu permettre à son âme de sortir paisiblement. Dès que les fenêtres se sont ouvertes, elle est tombée parterre et elle est morte.

La femme : Moi aussi je vous ai rappelé des soucis. Excusez-moi.

L’homme : J’ai cru que je deviendrais fou ou que je mourrais quelques jours après elle. Elle était le compagnon de ma vie, mon premier public qui écoutait toutes mes pièces musicales. Elle m’encourageait à continuer. Un moment de silence. Me voilà, je mène ma vie normalement. Un moment de silence. Quelle comédie !

La femme : Il paraît que l’être humain est plus fort que tous les malaises. Il en supporte trop. Parfois il croit qu’il est vaincu pour jamais mais le temps est capable toujours de tout remédier et d’emporter de nouveautés. 

L’homme : à voix basse. C’est vrai. Il la regarde en souriant. Vous n’avez pas encore bu votre café.

La femme : en buvant. C’est délicieux. Vous êtes un bon maître de café

L’homme : Et de cuisine aussi. Vous pouvez dire que je suis un excellent chef.

La femme : Les hommes qui aiment cuisiner ne sont pas nombreux.

L’homme : Quand l’homme est seul, il se trouve obligé d’entrer à la cuisine et préparer ses repas lui-même. Et vous. Vous cuisinez bien ?

La femme : Certainement vous allez goûter mes plats.

L’homme : Pourquoi certainement ?

La femme : Elle évite de répondre. Je vous ai entendu joué aujourd’hui une belle pièce.

L’homme : Demain j’ai un important concert. J’espère que vous y assistez, si cela vous plait.

La femme : Bien sûr, j’aime bien vous écouter et vous voir dans les yeux des autres.

L’homme : Pardon ?

La femme : J’aime savoir que pense le public de mon bon voisin.

L’homme : Il s’assoit sur le parterre. Vous n’aimez pas jouer au « Playstation » ?!

La femme : Je n’ai pas essayé de le faire.

L’homme : Venez donc, asseyez-vous et regardez ce que je fais et comment battre les combattants et vaincre les cruels monstres ! Il commence à jouer. Les expressions de son visage passent de la joie, à l’étonnement, à la tristesse. Ses émotions se ressemblent à celles des enfants. Il émet du bruit et réagit au jeu… Tantôt la femme le suit, Tantôt elle regarde l’écran. Asseyiez vous, venez c’est une joie incomparable. Voulez vous dire que Vous avez dépassé la période de l’enfance. La femme s’assoit près de lui, elle prend la manette de commande  en main et commence à jouer. Appuyez sur ce bouton, vite. Le bouton d’à côté vous donne de la force. Et celui là, Il lui montre sur la manette de commande, vous l’utilisez si vous voulez donner un coup de pied au monstre. Allez, il se rapproche de vous. Il faut que vous mainteniez cette ligne, c’est l’indice de votre âme qui doit s’allonger.

La femme : Elle lui rend la manette de commande. C’est trop difficile. Tenez et jouez. Vous êtes bien entraîné, c’est pourquoi ce jeu vous donne de la joie.

L’homme : Préférez vous regarder la télévision ?

La femme : Non, je suis venu pour vous faire connaissance et non pour…

L’homme : La télévision provoque le mal de tête et l’hypertension. Un moment de silence. J’ai acheté aujourd’hui des nouvelles piles Il s’assoit près du train pour ce train. Venez jouer avec moi.

La femme : Vous me faites revenir à mon enfance, privée de toute joie.

L’homme : Moi aussi. Pour ce je fais ressortir cet enfant  qui est à l’intérieur du moi, et avec qui je joue maintenant. J’aime jouer aux trains. Je sens que le train est comme la vie de la personne. Il s’arrête dans des stations pour déposer des gens et pour mener d’autres vers une autre station pleine de passagers, pour finalement arriver à sa dernière station.

La femme : Elle s’assoit près de lui. Vous m’avez rendue curieuse de jouer avec ce train. Voyons comment il fonctionne.

L’homme : Il fait bouger le train…Il est surpris et absorbé entièrement par le mouvement du train comme s’il joue tout seul. Vas y,  train, démarre ! Vas plus vite ! Prends avec toi tous nos bagages et nos corps endormis. Arrêtes-toi à la station boudée de gens. Comme j’ai envie de voir les visages des Autres. Il se retourne à la femme comme s’il a reconnu sa faute de l’oublier toute seule. Excusez-moi, parfois  ce jouet m’absorbe complètement et je sens que je m’assois près du conducteur ou que je porte mes bagages, et que j’ai les yeux sur la route.

La femme : je m’imagines assise devant vous, les yeux sur la route que le train avale comme s’il nous déclare la distance qui lui reste pour arriver à sa dernière station.

L’homme : J’ai envie de retourner à l’enfance, de jouer dans les rues, d’aller à l’école, qu’on me demande mes devoirs scolaires et que je réponds je n’ai pas de devoirs à faire pour aller joindre les enfants qui courent dans notre ruelle. Un moment de silence. Comme j’étais heureux en jouant avec vous ! C’est vrai, l’enfance a un goût particulier. Il s’adresse à la vieille femme. Espérez-vous revenir à l’enfance ?

La femme : Non

L’homme : étonné. C’est bizarre

La femme : Mon enfance était assez dure. J’avais uniquement ce qui suffit pour survivre. J’aime revenir à la jeunesse où je possédais une part de ma liberté et mon autonomie. Je peux dire que je me suis beaucoup amusée à cette époque. Un petit moment de silence.

Voulez vous revenir à la jeunesse ?

L’homme : Comme s’il ne l’écoute pas pardon ?

La femme : Je viens de dire…

L’homme : Vous espérez revenir à la jeunesse. Oui, c’est formidable mais comment ?

La femme : Vous allez m’aider

L’homme : Moi ?!

La femme : Oui, dès que vous finissez votre enfance, vous me trouvez debout vous attendant au coin de la rue pour vivre la jeunesse ensemble.

L’homme : Je n’ai pas bien compris.

La femme : Vous me faites la cour et moi je vous dis des mots d’amour et je vous aide à regagner votre confiance en vous-même en faisant des louanges à vos cheveux et à vos beaux yeux.

L’homme : Vous faites des louanges à mes cheveux blancs.

La femme : Ils étaient noirs, jeune musclé.

L’homme : étonné. En jouant uniquement le « Playstation », je deviens un jeune musclé et je vaincs……..

La femme : Vous l’êtes aussi avec moi. Laissez nous jouer. Sachez que votre voisine,  qui a dépassé les 70 ans,  s’est présentée chez vous en se débarrassant de deux tiers de son age. Je suis donc âgée un peu plus d’une vingtaine d’année. Regardez. Elle met les doits entre ses cheveux blancs frisés, mes cheveux sur mes épaules. Ce sont comme la nuit somnolente. Regardez l’illumination de mes yeux qui fixent leur regard sur vous comme les rayons du soleil qui se lève  Un moment de silence, Parlez moi de vous-même, prince charmant.

L’homme : forcé à jouer : ça me plaît de quitter cet âge. Je sens parfois que je suis mort depuis longtemps bien que je m’occupe de jouer au piano et que je m’intéresse à l’amour du public.

La femme : C’est formidable, Commençons à jouer à partir d’ici.

L’homme : Que voulez-vous dire ?

La femme : Ce qui se passe souvent. Vous êtes un célèbre pianiste et vous avez de nombreuses admiratrices.

L’homme : Ca ne se passe pas ainsi souvent.

La femme : C’est un jeu. Je sais qu’à cet âge les admiratrices vous ont quitté mais on veut revenir au temps où vous aviez trente ans ou même moins. Elle imagine, Vous jouez au piano. Je vous écoute. Vous me charmez et je m’attache à vous.

L’homme : C’est une bonne idée. Comme s’il demande sa permission. Ça veut dire que je commence à jouer tout de suite ?

La femme : Oui, je m’assois ici devant vous. Je vous observe et je regarde comment vous jouez au piano et vous me charmez.

L’homme : Comme s’il se dit. Que je joue et je révise la pièce que je dois présenter demain.

La femme : Que dites vous ?

L’homme : Je viens de dire qu’il faut choisir une pièce émouvante.

La femme : Tant mieux. L’homme se met au piano.

L’homme : Je vais jouer une pièce de Mendelssohn.

La vieille femme s’assoit devant lui. Elle met ses doigts entre les cheveux et bouge sa tête comme une jeune fille de 20 ans…Elle met sa jambe sur l’autre comme si elle cherche à les faire montrer. La musique continue.

La femme : Bougez vos mains, vos épaules et votre tête comme un homme de trente ans. Bougez, géant !

Elle se lève et se dirige vers le bouquet de fleur pour y prendre une fleur et avance, comme des mannequins,  vers le pianiste. Elle s’approche de lui, s’appuie sur le piano et y met la fleur. Elle sent son odeur, puis la remet à sa place en direction du pianiste. Elle reprend sa place…Une fois la musique s’arrête elle applaudit chaleureusement le pianiste, se met debout sur la pointe des pieds pour avancer et lui serrer la main. L’homme aussi avance et lui serre la main.

La femme : Vous êtes vraiment merveilleux.

L’homme : Avec timidité,  Merci

La femme : Elle fait sortir de sa poche un petit bout de papier et un stylo. Pouvez vous me signer là pour que j’en mette sous ma tête en dormant ! Vous êtes un aimable beau pianiste. Je n’ai jamais vu de ma vie un homme comme vous.

L’homme : Avez-vous un stylo ?

La femme : Non, désolée, il fallait que j’apporterais un stylo aussi. Et vous, n’avez….

L’homme : Je ne porte pas de stylo.

La femme : Alors signez pour moi avec ce crayon. Elle fait sortir de son sac un crayon.

L’homme : Il tient en main le crayon…Il le regarde. Qu’est ce que c’est ? C’est un crayon de fard.  

La femme : Je sais. Signez avec ce crayon, s’il vous plaît. C’est une bonne occasion.

L’homme : Il signe avec le crayon en souriant mais sans être convaincu. Là ?

La femme : Oui, et là aussi. Elle retrousse la manche de sa chemise. Signez ici, sur mon bras.

L’homme : Je vous en prie, soyez…

La femme : Jouez bien votre rôle, monsieur le pianiste. Faites ce que vous demandent les admiratrices !

L’homme : Je signe uniquement sur ce papier.

La femme : Ca ne fait rien. Que je baisse la manche et que je prenne le papier. Vous êtes un homme d'une grande générosité. J’ai voulu avoir votre signature sur autre chose mais vous…

L’homme : Ma voisine…

La femme : Je ne suis pas votre voisine. Oubliez. Jetez dans la plus proche rivière 50 ans de votre age. Jouez avec moi et ne détruisez pas le rêve.

L’homme : Ah, je me rappelle, ce n’est qu’un jeu.

La femme : La vie est un jeu dont nous sommes les héros. Un moment de silence. Croyez vous que je peux prendre des cours de piano ?

L’homme : Voulez vous dire les prendre chez moi ?

La femme : Si ça ne vous dérange pas.

L’homme : Pas du tout.

La femme : D’accord, demain je serai chez vous avant midi.

L’homme : J’attendrai. Un petit moment de silence. L’homme fixe ses yeux sur la femme. Que dois-je faire maintenant ?! Vous êtes chez moi. Comment peut-on continuer à jouer ?

La femme : C’est simple. Puisque c’est un jeu je sors et je retourne bientôt. Imaginez donc que le lendemain est arrivé.

L’homme : Jouer au « Playstation » était beaucoup plus facile !

La femme : Je pars maintenant. On arrête de jouer juste ici. Elle quitte la maisonL’homme reste seul.

L’homme : étonné. Cette voisine est vraiment fantaisiste, pourtant elle est amusante. Elle a transformé ma journée habituelle, qui se ressemble à toutes mes années, en fantaisie, jeu et rêves.  On sonne à la porte. Qui est-ce ? La femme entre après avoir changée d’habits, en portant d’autres plus beaux,  plus joyeux et plus élégants. Elle met une fleur rouge dans les cheveux une fleur  rouge et tient en main un petit cartable comme une étudiante qui entre à la salle des cours.

La femme : Avant et après les salutations et les compliments, je peux vous assurer, mon professeur, que je respecte bien l’heure. Pour moi, Les rendez-vous sont sacrés. Pour ça,  je suis venue à l’heure pile.

L’homme : Entrez, je vous en prie. Je vous respecte pour ça.

La femme : Hier, j’ai passé une nuit blanche.

L’homme : Hier ?......

La femme : Oui, je vous ai salué et je vous ai laissé aux journalistes, aux photographes et aux admiratrices après avoir gagnée la chaleur de votre main que j’ai serrée et j’ai essayé de dormir, mais…..

L’homme : Est-ce qu’on peut commencer le cours ?

La femme : N’est-il pas encore commencé ?

L’homme : Non

La femme : Mais j’ai déjà pris ma première leçon. Il est inscrit dans mon cahier, vu que mon cœur a déjà commencé à jouer de la musique.

L’homme : C’est bien d’éprouver une sensation musicale si élevée et si transparente. Venez, mettez-vous au piano et prenez la première leçon.

La femme : Vous voulez dire la deuxième. Elle marche avec coquetterie, se dirige vers le piano et s’assoit sur le tabouret.

L’homme : Bougez votre petit doigt sur ce clavier.

La femme : Voulant qu’il touche sa main. Quel doigt désignez-vous ?

L’homme : J’ai dit le petit.

La femme : De quelle main ?

L’homme : la gauche, s’il vous plait.

La femme : Montrez-moi !

L’homme : Il touche sa main. Ça !

La femme : Elle se lève. La deuxième leçon est terminée.

L’homme : On n’a pas encore commencé.

La femme : En train de s’asseoir. Commencez à partir de la troisième leçon, mon beau.

L’homme : Mettez votre doigt ici. La femme met son doigt sur le clavier. Des sons émanent dès que chaque doigt touche le clavier du piano. Maintenant, appuyiez  graduellement vos doigts sur le clavier.

La femme : Même si c’est une interruption de ma part, mais je dois le faire. Ce sont les questions des admiratrices. Une amie à moi m’a chargé de vous poser une question. Pourrai je le faire ?

L’homme : Je vous en prie

La femme : Etes vous marié ?

L’homme : C’est votre question ou celle de votre amie ?

La femme : Souriante. Croyez moi c’est elle qui a insisté pour que je vous pose cette question.

L’homme : Saluez-la de ma part et apprenez-la que je ne suis pas encore marié.

La femme : heureuse, je lui répond aujourd’hui. Elle sera très contente.

L’homme : Pourquoi ?

La femme : Confuse, Parce qu’elle a gagné le pari.

L’homme : Pourrai-je vous poser une question ?

La femme : Bien sûr.

L’homme : Etes vous mariée ?

La femme : Qui ?! Moi ?! Ou bien désignez-vous mon amie ? 

L’homme : En riant. Votre amie

La femme : En riant toujours. Maintenant vous avez gagné le pari. Non, monsieur, elle n’est pas mariée.

L’homme : Revenons à notre leçon

La femme : Quelle leçon ? On a achevé la troisième leçon. Un moment de silence. Y a t-il  de nouveauté dans la quatrième ?

L’homme : Vous devez apprendre à lire les notes.

La femme : Apprenez-moi les arts de votre charme.

L’homme : Puisque c’est un jeu, laissez moi élargir son cercle.

La femme : C’est formidable. Vous pensez à l’évoluer.

L’homme : Que dites-vous si je vous donne la leçon des clés musicales hors de la maison ?

La femme : Où ?

L’homme : Dans un café. Je connais un bel endroit près de chez moi. Là bas, on peut se mettre à table aux chandelles.

La femme : En train de sortir. Allons y !

L’homme : Où ?

La femme : Au café.

L’homme : Voyez, c’est bien vous qui abîme le jeu. Soyez avec moi et jouez bien votre rôle. Le café est là,  les chandelles sont là, vous et moi, nous sommes présents. Nous ne devons rien faire que de bien jouer.

La femme : Maintenant, je sais que vous jouez le rêve aussi. Allez, venez avec moi allumer les bougies. Ils se mettent à la table, et allument les bougies. La scène s’assombrit  puis s’éclaire uniquement aux chandelles.

L’homme : Je ne vous ai pas vu depuis une semaine et même plus. De temps à autre je viens à cet endroit. Il est calme. N’est ce pas ?

La femme : Ca vous pousse à méditer

L’homme : Nous ne sommes pas venus pour méditer mais pour prendre la leçon !

La femme : Ah, j’ai oublié. L’ambiance de cet endroit m’a éblouie et m’a fait tout oublié.

L’homme : Il fait sortir de son cartable quelques papiers qu’il met sur la table. Il tient un stylo et commence à marquer sur un papier les clés musicales.

Regardez, il faut que vous appreniez les clés musicales et que vous sachiez comment elles se prononcent et s’écrivent, c’est important. Il écrit. C’est la clé de « Do ».

La femme : Elle fait sortir de son sac un cahier et un stylo. Elle écrit « Do »

L’homme : Celle là « Ré ». Ecrivez et prononcez après moi.

La femme : Elle écrit « Ré ».

L’homme : « Fa » « Sol » « La » « Si ».

La femme : « Fa » « Sol » « La » « Si ». Un moment de silence. Le langage de la musique est beaucoup plus beau que notre langage. Pouvons nous, vous et moi, parler le langage de la musique au lieu du nôtre.

L’homme : Je ne vais plus jouer et je vais revenir à cet ancien locataire, et vous…

La femme : Elle essaye de lui faire revenir au jeu. Revenez, bon pianiste. Ne gâchez pas l’imagination. Nous avons pu voler très loin. Laissez-moi quitter cette pourriture et ce désespoir. J’ai voulu simplement que vous me diriez par exemple : « Do » « Ré » « Mi ». Ça voudrait dire que je vous plaisais et que je vous répond toute de suite : « Fa ». Elle bouge sa tête, signe de consentement. « Sol » « La » « Si ». Et ainsi de suite. Pourquoi n’inventons nous pas une nouvelle langue puisque nous avons déjà éliminé 50 ans de notre âge et qu’ils plongent maintenant dans le fleuve ou dans le plus proche ruisseau ! 

L’homme : Prenez vous une autre leçon ou je rentre chez moi ?

La femme : Elle rit. Certainement j’aime prendre les cours hors de chez vous !

L’homme : Mais, vous…… 

La femme : Ce sont les règles du jeu.

L’homme : Est-ce que nous allons rester pour longtemps ici ?

La femme : C’est votre invitation. Je suis à votre disposition monsieur.

L’homme : N’aimez vous pas qu’on s’assoit s’asseoir au bord de la rivière. Là bas, on peut marcher à pieds nus. Vous savez, on dit que marcher à pied nu sur le sable est bon pour la santé, parce que vos pieds touchent directement le sol…..

La femme : N’expliquez pas. C’est une idée formidable. Où se trouve-t-elle votre rivière ?

L’homme : Près d’ici. Dès que nous sortons du café, nous marchons pour quelques minutes et vous allez voir la rivière et sa berge humide.

La femme : Allons-y.

L’homme : Maintenant ?

La femme : Oui. Je joue bien encore, non ?! Prenez moi jeune homme à la rivière.

Un coup de projecteur sur l’homme et la femme qui sont en train de marcher lentement. En fait, ils font semblant de marcher. Petit à petit le devant de la scène s’allume pour représenter  la berge de la rivière. Le coup du projecteur qui accompagne l’homme et la femme s’approche du devant de la scène. Dès qu’ils arrivent,  il n’y a plus de focalisation sur eux  et le devant de la scène s’allume en entier.

L’homme : essoufflé. Derrière cette voie, une autre rue qui se termine par la rivière.

La femme : Marcher avec vous soit au bord ou près de la rivière, soit sur le trottoir est toujours plaisant.

L’homme : Regardez, la - voilà la rivière. Voyez-vous ?! l’eau me fascine toujours.

La femme : Oui, c’est un site fascinant. Ils s’approchent du devant de la scène et se mettent sous l’éclairage.

L’homme : Aimez-vous marcher à pieds nus ?

La femme : Essayez-vous en premier.

L’homme : Je me suis habitué à le faire. Chaque fois que j’arrive ici j’enlève mes chaussures et mes chaussettes. Il ôte ses chaussures et ses chaussettes et reste à pieds nus en tenant en main les chaussures. Il touche le sol doucement comme s’il sent la froideur du sable. C’est froid mais agréable. Essayez.

La femme : certainement je vais essayer. Elle ôte ses chaussures qu’elle tient aussi en main. Etes-vous sur que c’est bon pour la santé ?!

L’homme : C’est indiscutable.

La femme : Avec qui, vous venez ici ?

L’homme : Avec moi-même. C’est mon meilleur compagnon. Je lui parle de tous, sans avoir peur ni honte. Je ne lui cache aucun secret.

La femme : Mais parfois la solitude….

L’homme : Sans la solitude, je n’aurais pas été moi-même. Ils font des va et vient. Si vous êtes fatiguée de marche, nous pouvons nous asseoir ici et jouir de voir l’eau qui se rassemble pour venir nous joindre.

La femme : Elle s’assoit. C’est beau aussi de rester et de rêver en écoutant le clapotis de l’eau.

L’homme : Il s’assoit près d’elle. De quoi aviez-vous rêvé ?

La femme : Depuis mon enfance je rêvais de devenir une hôtesse de l’air pour voir le monde dans les yeux des passagers.

L’homme : C’est un beau travail amusant. Et pourquoi, n’êtes vous pas devenue……

La femme : Je n’ai pas réussi aux examens.

L’homme : Regardez les vagues. Il pointe de doigt vers le public. Chaque vague vient annuler ce qui la précède et lui couvre avec douceur et violence. Et dès qu’elle nous arrive, une nouvelle vague vient déclarer sa présence et annule, par suite, celle qui la précède. Un moment de silence. Souvent, l’anéantissement se ressemble.

La femme : C’est pourquoi je veux jouer contre mon anéantissement et j’ai accepté de sortir au café et de marcher avec vous au bord de la rivière.

L’homme : C’est un jeu.

La femme : Je sais. Nous l’avons inventé.

L’homme : J’ai envie de jouer au piano ici. Ce sont des ambiances oniriques. Il se lève. Je rentre à la maison et je vais jouer de la musique dès que j’arrive.

La femme : Elle se lève aussi. Allons-y. J’aime vous écouter en jouant de la musique. Ils portent leurs chausseurs et marchent comme en venant, de la même manière jusqu’ils arrivent à la maison…. La scène s’allume. Les coins de la maison se dévoilent.

L’homme : Entrez. Je ne vous ai pas vu depuis deux semaines.

La femme : C’est vrai. Ça fait longtemps. Je veux vous remercier pour votre dernière invitation. C’était vraiment un grand plaisir. S’asseoir avec vous au café et marcher à pieds nus….

L’homme : C’était un grand plaisir pour moi aussi. De temps à autre, nous avons besoin d’un changement. Un moment de silence. Venez au piano pour que je vous offre une pièce musicale. Mais avant de commencer pourrai je vous poser une question directe ?

La femme : Je vous en prie.

L’homme : Pourquoi n’êtes vous pas mariée jusqu’à présent ?

La femme : Il reste encore du temps à vivre. Je suis encore jeune et j’ai beaucoup de rêves. Un moment de silence. Je vous pose la même question. N’avez-vous pas encore trouvé jusqu’à présent une femme qui vous plait ?

L’homme : Jusqu’à présent aucune femme n’est venue me libérer de ma prison.   

La femme : se dit-elle. Orgueilleux !

L’homme : La musique m’a tout pris, mon temps, ma pensée. Je ne m’intéresse qu’à jouer. Comme s’il a trouvé un argument sans réplique. Et vous, qu’est ce qui vous occupe tellement, qu’est ce qui vous fait rester sans partenaire ?

La femme : Peut-être, je mettrai fin bientôt à ma solitude.

L’homme : ayant peur, A l’extérieur ou à l’intérieur du jeu ?

La femme : Les deux, à l’extérieur et à l’intérieur…….

L’homme : Il se met au « Playstation ». Je préfère continuer à jouer ici. Je sais bien débattre les monstres et je ne sais pas……

La femme : Jouer avec moi, vieux locataire, vous libère de votre ancienne prison. Quittez votre vieillesse et maudissez ses mauvais jours. Un moment de silence. J’ai envie de monter à bicyclette. Avez-vous une ?

L’homme : Non, je l’ai perdue il y a plus de trente ans et je n’en ai pas besoin.

La femme : C'est-à-dire depuis que vous avez un an. Elle lui fait des reproches. N’éloignez-vous pas de votre rôle écrit. Soyez aux limites de la jeunesse.

L’homme : Il ne s’intéresse pas à ses recommandations. J’avais une belle bicyclette avec laquelle je me promenais autour des villes, je me déplaçais d’un endroit à l’autre et derrière moi Il se tait pour se rappeler des choses.

La femme. Qui ? Souvenez vous qui se mettait derrière vous.

L’homme : Il rit. Ce sont les aliments que j’achetais chaque jour et qui me suffisaient pour vivre.

La femme : C’est un jeu monsieur. J’ai dit que j’ai envie de monter à une bicyclette. Alors ne le rendez pas difficile. Vous  allez monter à votre bicyclette et je vais me mettre derrière vous et nous allons chanter.

L’homme : Mais j’ai perdu……..

La femme : Je sais. Laissez tomber votre réelle bicyclette. Rappelez vous que nous jouons. Tenez votre chaise.  Elle prend une chaise. C’est à moi et celle là est à vous. Elle met les chaises l’une à côté de l’autre. Allez, montez à votre bicyclette et conduisez là sur la route. Je me mets derrière vous et je vous serre avec les bras. Je vous pose des questions et vous me répondez. N’est ce une situation qui va beaucoup mieux que d’avoir les aliments que vous déplacez d’un endroit à l’autre ?! L’homme s’assoit sur une chaise, la femme sur l’autre. Un coup de projecteur est focalisé uniquement sur elle.

L’homme : Vous êtes une voisine assez bizarre.

La femme : Attention à la route. Regardez devant vous et ne détruisez pas ce que nous avons créé. Je ne vous ai pas vu depuis plus de trois semaines. Concentrez vous bien ou nous allons faire un accident.

Elle lui crie. Attention, vous conduisez trop vite. Vous conduisez mal je ne crois pas que vous mettiez derrière vous aucun produit.

L’homme : Croyez moi.

La femme : Elle crie. Je vous crois, mais faites attention. Un moment de silence. Maintenant vous conduisez bien, et nous pouvons discuter. N’éprouvez vous pas un sentiment de joie avec cette brise légère qui nous fouette les visages.

L’homme : Oui, avec vous le chemin est devenu beaucoup plus beau qu’auparavant.

La femme : contente. C’est ainsi que vous conduisez bien votre bicyclette et votre langue aussi vers le bon chemin !

L’homme : croyez vous que votre vieux voisin….

La femme : De nouveau ?!

L’homme : Je veux dire le meilleur des jeunes hommes

La femme : Qu’est ce qu’il a ?

L’homme : Il conduisait sa bicyclette comme un oiseau qui s’envole.

La femme : Mon oiseau, laissez-nous arriver sain et sauf. Assez d’orgueil !

L’homme : Ne nous sommes pas en jeu ? Alors laissez nous rêver et exagérer dans nos rêves.

La femme : Arrêtez votre bicyclette, oiseau, dans le plus proche endroit.

L’homme : Devant nous un très beau jardin. Nous allons y garer la bicyclette et nous allons contempler l’un l’autre.

La femme : Une bonne idée.

L’homme : Regardez. Voilà le jardin qui se caractérise par sa verdure. On n’y trouve aucun centimètre sans verdure.

La femme : Arrêtez près de cet arbre. Ils descendent de la bicyclette (chaises) et se mettent debout au milieu de la scène. Ils posent les mains l’un face l’autre comme s’ils se reposent sur l’arbre.

L’homme : Regardez. Il paraît que c’est un arbre de longue vie.

La femme : Regardez son tronc. Il est âgé de 100 ans.

L’homme : C’est vrai mais il n’a aucun problème. Il ne sait pas plaindre.

La femme : Venons y inscrire un souvenir. Nous écrivons nos noms et la date d’aujourd’hui. Elle inscrit son nom imaginaire. Voyez vous, je ne connais pas votre nom.

L’homme : Moi aussi je ne connais pas le vôtre.

La femme : Voici mon nom, venez et lisez. N’est-il pas beau ?! Maintenant, c’est à vous. Ecrivez votre nom près du mien. L’homme inscrit son nom imaginaire sur l’arbre toujours imaginaire. C’est à moi la dernière signature. La date d’aujourd’hui, c’est.. Elle inscrit la même date du spectacle.

L’homme : Savez vous que j’ai aimé cet arbre ?!

La femme : Certes, parce que nos noms y sont inscrits.

L’homme : Non, regardez comment se dresse-t-il debout. Voyez son tronc qui ne représente que sa force et sa résistance contre le vent, la pluie, le froid, la chaleur et….. 

La femme : J’ai une idée. Je vous laisse avec votre arbre, votre amante, et je vais dans ce coin lointain. Je vous appelle au téléphone. Je veux entendre votre voix à travers le coup du fil. J’imagine que je suis allongée sur mon lit, pendant la nuit, en train de vous parler au téléphone.

L’homme : Puisque je reste près de cet arbre, je n’ai pas d’objection.

La femme : En allant. Regardez-moi. Je vais là bas et vous devez m’appeler.

L’homme : Moi ?

La femme : Oui, orgueilleux. C’est un jeu.

L’homme : Je vais essayer.

La femme : Vous devez le faire, je vous attends. Elle va dans l’un des coins de la scène.

L’homme : Il tient en main l’écouteur téléphonique imaginaire. Se dit-il à voix basse. Je dois consulter un psychiatre après le départ de cette voisine !

La femme : De loin. Avez-vous oublié mon numéro de téléphone ?!

L’homme : Non, non, les lignes sont occupées. J’essaye de vous appeler. Il met l’écouteur sur l’oreille. Enfin, le téléphone sonne.

La femme : avec une voix douce et séduisante. Allô, qui est à l’appareil ?!

L’homme : à haute voix et avec nervosité : Dois-je raccrocher

La femme : Non, non, je vous ai reconnu. Vous êtes le pianiste….

L’homme : Oui, c’est moi.

La femme : Je ne vous ai pas reconnu tout de suite parce que je viens de sortir du sous de la douche et mes cheveux sont encore mouillés. Comment allez-vous ? Depuis plus de quatre semaines que je n’ai rien entendu de vous.

L’homme : Occupé. Comment allez-vous ?

La femme : Je vous passe encore par l’esprit. C’est bien aussi pour moi.

L’homme : J’ai voulu simplement avoir de vos nouvelles. J’ai un rendez-vous et je dois raccrocher.

La femme : Si vite ?!

L’homme : Certes, je vous vois bientôt.

La femme : Attendez !

L’homme : Il remet le combiné téléphonique imaginaire à sa place et regarde la femme. Le coup de fil est terminé. Pourquoi ne pas retourner à la maison et ne pas continuer à jouer de la musique ?

La femme : en s’approchant de lui. Qui êtes-vous, pianiste ? Je ne vous ai pas vu depuis plus de six semaines.

L’homme : agacé. Pourquoi voulez- vous apprendre à jouer de la musique ?

La femme : Je ne sais pas. Et pourquoi jouez-vous de la musique ?

L’homme : C’est ainsi que je me suis trouvé, plongé dans le monde de la musique et du piano.

La femme : Moi aussi, je veux me plonger dans quelque chose et changer ma vie en apprenant quelque chose de nouveau. La raison la plus importante est le charme de ce pianiste aux joues…….

L’homme : Où est-il ?

La femme : Vous me fatiguez et vous détruisez mes rêves.

L’homme : Comment écrivez vous la clé de « Si » ou de « Ré ». Ecrivez- moi les sur ce papier.

La femme : En écrivant. C’est ainsi qu’on écrit le « Si », le « Ré », le « Fa », le « Sol ». Un moment de silence. Permettez-moi de préparer le thé.

L’homme : Pardon, voulez-vous boire du thé ?

La femme : Oui, et j’ai beaucoup plus envie de le préparer. Où se trouve la cuisine ? Je vais vous montrer certains de mes talents.

L’homme : Comme vous voulez. Vous passez par là. Il lui montre comment aller à la cuisine. Elle s’en va…Elle disparaît…L’homme reste seul. Tout me paraît confus. Je n’ai aucune impression sur cette vieille femme. Du dedans, on entend la voix de la vieille femme qui chante une ancienne chanson du patrimoine. Elle la fredonne comme si elle est une chanson du présent. Ah, vous vous rappelez ?! J’ai entendu cette chanson il y a environ 40 ans. Le chant continue. Elle a raison. Je ne sais pas pourquoi on cherche et on espère de retourner au passé. Le présent est beaucoup plus triste et sombre que le passé. Dès qu’il s’achève, il devient un passé qu’on déplore. Je crois que nous sommes juste un passé et c’est pourquoi cette vieille a décidé d’annuler 50 ans de son âge et du mien.

La vieille dame entre en portant le thé et en chantant toujours. Elle danse sur l’air de cette chanson.

La femme : Excusez moi, j’ai préparé le thé ayant un goût de citron parce que je l’aime comme ça.

L’homme : Moi aussi.

La femme : Elle lui sert le thé. Voyez vous, nous partageons les mêmes goûts.

L’homme : Je veux vous faire un aveu.

La femme : Avouez, dites ce que vous voulez. Je vous écoute.

L’homme : Je vous avoue que vous m’avez offert un jour extraordinaire. Je n’ai pas imaginé que je puisse disperser mes souvenirs et jeter de ma vie toutes ces années de solitude et de souffrance.

La femme : Pourrai-je vous faire moi aussi un aveu ?!

L’homme : Bien sûr.

La femme : Dès que je vous ai vu, j’ai senti que mes jours vont changer, et que mon nouveau voisin, je veux dire, le vieux voisin, est hanté par d’étranges esprits qui errent et flânent partout jusqu’à arriver à mon appartement.

L’homme : Il paraît que vous ne voulez pas apprendre la musique.

La femme : J’ai assez appris aujourd’hui. J’ai pris de vous les plus belles leçons. Demain, après le concert, nous allons continuer.

L’homme : Quoi ?

La femme : Oui, je viendrai au concert avec le bouquet de fleurs que vous méritez, avec le papier que vous devrez signer devant le public. Vous allez dire que c’est ma voisine qui….

L’homme : Je le ferai, ma voisine.

La femme : Alors, laissez-moi partir.

L’homme : Avant que vous vous en allez, je vais jouer pour vous cette pièce musicale, en dédicace à votre présence. Je la jouerai aussi demain, si ça ne vous gène pas. Je vais vous laisser jouir de votre journée.

L’homme se dirige vers le piano, et commence à jouer. L’éclairage se limite et se projette uniquement sur le visage et les mains de ce vieil homme. A ce moment, la femme sort et monte chez elle. L’éclairage s’allume dans la salle où elle se trouve. Elle s’assoit sur la même chaise, et commence à fumer en écoutant la musique. La fumée sort de sa cigarette. La scène s’assombrit petit à petit. Tout disparaît. La musique continue pour quelque temps en alternance avec le mouvement de la braise  de la cigarette de la vieille femme.

 

Fin.