La troupe Mezoune, venue d'Oman participe à la compétition officielle du festival par la pièce Réthaa Al-Fagr

(Elégie de l'aube). Un spectacle basé sur un texte poétique et une scénographie riche.

 

Expressions de souffrance

 May Sélim 

 

 

La guerre laisse toujours ces traces sur l'homme. Elle le tracasse complètement. Il n'est pas question d'une victoire ou d'une défaite. On perd certainement quelque chose. On se doute de la vie, de la logique de la guerre. Où se trouve l'être l'humain?

Le spectacle  Réthaa Al-Fagr (Elégie de l'aube) écrit par l'iraquien Kasim Matrood, auteur et critique iraquien vivant en Hollande, mis en scène par Youssef Al-Balouchi et donné par la troupe Mezoune d'Oman,  présente un autre aspect de la guerre. Matrood dans son texte évoque l'absurdité du conflit, et la souffrance de l'être humain à travers les lamentations d'une femme et mère qui a perdu son mari et son enfant dans la guerre. Elle fréquente tous les jours le tombeau de son mari et lui raconte ses souvenirs amers face à la mort de son fils. Quelques moments de flash back nous plongent dans les rêves et les aspirations de cette femme. Elle nous rappelle son amour pour le mari, les souvenirs d'enfance de son fils, devenu ensuite un martyr de guerre…. C'est une âme souffrante dont le corps s'apprête à joindre sa famille de martyrs. Le texte rappelle les effets de la guerre sur le peuple iraquien au fil des années. " Pendant la guerre, chaque mère avait peur d'apprendre un jour la mort de son fils dans une bataille " lance Matrood dont la plupart des pièces de théâtre sont dominées par le thème de la guerre. Elégie de l'aube est une œuvre qui dépasse le contexte temporel et vient à point nommé avec les événements en Irak, au Liban et en Palestine. Ayant recours à des éléments futiles, le metteur en scène crée une tombe à l'aide de sable et de feuilles de journal…Est ce les débris de la guerre? De ces débris, sort le personnage du mari enterré pour s'adresser à sa femme. De temps en temps, les feuilles qui tombent accentuent l'idée de la ruine. La silhouette d'une personne, ou plutôt d'un martyr se forme à l'aide de morceaux de tissu déchirés.

La musique qu'on entend légèrement pendant tout le spectacle, touche le public avec ses mélodies mélancoliques et ses voix tristes.

L'éclairage très clair et la fumée blanche traduisent toute une scène de destruction. La scène finale nous dévoile que la femme n'est en fait qu'un mort, elle rejoint alors la tombe. La toile de fond noire s'ouvre. Un éclairage blanc éblouissant envahit la scène. La fumée accentue l'idée de la sacralisation de l'enterrement de la femme. De nouveau on retrouve la souffrance,  la peine et la perte.